Développer les compétences humaines et sociales en période de Covid-19

D'importants conseils sur les compétences sociales et humaines favorisant un retour au travail en toute sécurité.

Blog par Akustina Morni, Conseillère de l'OIE

Les professionnels de la santé et de la sécurité au travail sont chargés de prévenir les accidents et d’y faire face lorsqu’ils surviennent. Ils mettent en place des politiques et des procédures visant à garantir un environnement de travail sain et ils organisent des réunions d’information du personnel.

Toutefois, en période de Covid-19, la santé et la sécurité au travail prennent une tout autre dimension et les professionnels de la sécurité ainsi que les cadres de l’entreprise doivent assumer de plus grandes responsabilités. Les PDG, les chargés de ressources humaines et les superviseurs doivent tous s’acquitter de fonctions propres au domaine de la santé et de la sécurité, afin de limiter la propagation du virus et de gérer les répercussions des risques liés au Covid-19.

Quelles compétences sont nécessaires pour gérer l’impact d’une urgence de santé publique sur le personnel ? Les cadres doivent déployer ou développer certaines compétences fondamentales alors qu’ils reprennent le chemin du travail avec leurs équipes. Il s’agit des compétences humaines et sociales qui sont souvent mentionnées dans les discussions sur la prochaine génération de compétences requises pour l’avenir du travail.

Quelles compétences sont nécessaires pour le retour au travail ?

Le monde apprend à vivre avec le coronavirus, dans l’attente d’un vaccin et/ou du développement d’une immunité collective[1]. Et vivre avec le virus implique également de vivre avec les risques qui pèsent sur la santé physique et mentale. Selon le Forum économique mondial[2], le confinement de près de 3 milliards de personnes sous une forme ou sous une autre a constitué la plus grande expérience psychologique jamais réalisée dans le monde. On prévoit des burn-out et de l’absentéisme lié au stress au second semestre de 2020.

Plus intéressant encore, l’auteur explique qu’en cas de catastrophe, ce sont souvent deux "tentes" qui sont montées : l’une pour soigner les malades physiques, et l’autre pour traiter les maux invisibles, les blessures psychologiques du traumatisme. Actuellement, la plupart des pays se concentrent sur la première tente, et personne ne s’occupe de la seconde. Nous ne devrions pas négliger de nous préparer pour les conséquences psychologiques du confinement mondial, car cela entraverait le rétablissement de la situation sanitaire et la relance économique. C’est là que les compétences humaines et sociales des cadres sont les plus indispensables.

Quelles sont les huit compétences principales nécessaires pour gérer les deux "tentes" ?

Qualités de leader

  • Capacité de résoudre des problèmes en faisant appel à la réflexion critique et de diriger des équipes en période d’incertitude
  • Capacité d’affecter des fonds rapidement aux postes les plus urgents

Facultés d’adaptation

  • Capacité de s’adapter et de réagir rapidement à de nouvelles circonstances, idées, responsabilités, attentes, tendances, stratégies et procédures
  • Capacité de se motiver en télétravail

Facultés d’anticipation

  • Capacité de prévoir et de planifier une deuxième vague ou une autre épidémie (détection précoce et mesures d’atténuation rapides)
  • Capacité de voir plus loin que les autres et d’élaborer des solutions sous la forme de plaidoyer, de produits ou de services

Gestion des risques

  • Trouver des moyens d’atténuer les risques - distanciation sociale/physique, masques, équipement personnel de protection, savon dans les zones communes à leur réouverture, vérifier auprès des travailleurs qu’ils se sentent bien et qu’ils sont en bonne santé, superviser les déplacements, promouvoir le télétravail lorsque cela est possible
  • Repérer les dangers cachés ou les menaces invisibles (en menant des enquêtes, en posant des questions et en inspectant les équipements et les sites)
  • Planifier des procédures d’urgence – élaborer des directives simples pour commencer
  • Tenir des réunions sur la santé et la sécurité et organiser des formations pour les salariés

Compétences analytiques – recueillir et interpréter des données

  • Compiler des statistiques et rédiger des rapports
  • Comprendre la législation nationale en matière de santé et de sécurité
  • Déterminer les "zones saines" sur le lieu de travail
  • Connaître les organismes réglementaires (hôpital, clinique et laboratoire les plus proches, autorités chargées de la SST)

Facultés de coordination

  • Assurer la liaison avec les autorités externes chargées de la santé et de la sécurité
  • Gérer les parties prenantes externes (nouveaux partenaires et partenaires existants)
  • Capacité de négocier pour sortir de conflits difficiles
  • Mettre en place des comités pour la santé (comment créer une culture du partage des responsabilités)

Compétences en communication

  • Diplomatie et plaidoyer en matière de santé
  • Diffuser des informations et des instructions claires en temps voulu
  • Promouvoir des pratiques anti-discrimination

Maîtrise du numérique

  • Capacité d’apprendre à maîtriser de nouvelles applications ou comprendre comment les données sont collectées, utilisées et gérées

Les cadres qui parviendraient à s’adapter avec succès à cette nouvelle normalité pourraient :

Au niveau personnel, ces compétences sont transférables - la personne qui les possède renforce son employabilité dans tous les secteurs et industries.

Comment développer et exploiter ces compétences ?

À l’évidence, ces compétences ne peuvent être renforcées qu’avec le temps et la pratique. Lors d’un TedTalk[3], Josh Kaufman a expliqué que les athlètes professionnels ou les experts avaient besoin de 10 000 heures en moyenne pour maîtriser une compétence. Mais, selon lui, lors de l’apprentissage d’une nouvelle compétence, une vingtaine d’heures suffiraient pour atteindre un niveau raisonnable.

Certaines formations peuvent s’avérer onéreuses, mais elles ne sont considérées comme telles qu’en l’absence de retour sur investissement. Sur le long terme, l’amélioration des compétences et de bonnes synergies entre les collaborateurs permettent d’accroître la productivité des équipes. Et lorsque les équipes sont productives, les organisations sont plus efficaces, rentables, durables et résilientes. Ce sont les entreprises privées en particulier qui en tirent un avantage concurrentiel.

Outre les formations, il existe d’autres moyens de promouvoir ces compétences lorsque la situation sanitaire le permet :

  • Formation par le travail (en ligne ou sur site)
  • Outils d’e-apprentissage (telles que les MOOC)
  • Institutions d’EFTP
  • Programmes de mentorat
  • Programmes d’apprentissage
  • Cours organisés dans les collectivités locales
  • Exercices pratiques devant des inconnus
  • Apprentissage par la pratique
  • Défi personnel d’acquisition de compétences en 20 heures.

Le plus important, c’est d’être dans le bon état d’esprit. Il est normal d’avoir une réaction psychologique à la crise. La situation est stressante et épuisante. Mais ensemble, nous pouvons concentrer notre attention sur l’acquisition de nouvelles compétences. L’apprentissage est essentiel à toute organisation qui veut sortir plus forte de la pandémie. Le temps disponible actuellement peut être utilisé pour acquérir une nouvelle compétence.


[1]https://fr.wikipedia.org/wiki/Immunit%C3%A9_gr%C3%A9gaire

[2]https://www.weforum.org/agenda/2020/04/this-is-the-psychological-side-of-the-covid-19-pandemic-that-were-ignoring/

[3]https://www.youtube.com/watch?v=5MgBikgcWnY

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